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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 09:17

Notre ami Edmond Fauquez nous a transmis cet article, extrait du livre d'André Verley, En ce temps-là dans le Boulonnais, aux Editions Henry/Les écrits du Nord, mai 2008.
La rue Damboise porte le nom d'un des fils d'Antoine Damboise, maire de Saint-Martin-Boulogne de l'an IX et l'an XI.


MAIS QUI CONNAIT LA RUE DAMBOISE A BOULOGNE ?

 

Perpendiculaire à la rue Nationale et à celle du Bras d’Or, la rue Damboise n’a rien à voir avec les appellations anciennes qui avaient ce bon parfum du terroir. C’est dans les cabarets renommés du Bras d’Or ou du Pot d’Etain que les corsaires boulonnais arrêtaient leurs comptes de prises ; c’est là aussi qu’ils allaient perdre ce qu’ils avaient gagné au péril de leur vie. Ils avaient d’ailleurs d’autres choix, car les maisons de jeu et celles dites de tolérance étaient nombreuses au début du XIXe siècle avec l’existence des camps et de la flottille qui avaient amené un nombre de soldats considérable pour l’époque. Ces maisons fleurissaient beaucoup plus vite que les galons sur les épaules des Grognards, car pour se distraire d’une vie monotone, surtout lors du blocus continental, les soldats de tous grades « se livraient, disent les rapports de police, à la funeste passion du jeu ». Même les maisons particulières accueillaient les flambeurs de tout poil en dépit de la surveillance dont elles étaient l’objet, car c’était interdit pour elles. Cette distraction, vite devenue passion, est à l’origine du nom de la rue des Tripots, une dénomination fort ancienne qui n’a strictement rien à voir avec la présence d’une maison de tolérance. Il est vrai qu’en ces temps bénis on y trouvait souvent tout réuni : le gîte, le couvert et... le reste.

Ces établissements de mauvaise vie étaient très nombreux en ville, mais aussi à proximité des camps, même si officiellement il n’y en avait que deux. La belle hypocrisie !

La première était installée en Haute Ville, rue de l’Enfer (aujourd’hui rue des Ursulines) évoquant un chemin étroit et tortueux, un lieu où les filous avaient tôt fait de délester les passants mais surtout les visiteurs de cette maison particulière, des quelques louis qu’ils possédaient.

La seconde était en Basse Ville. Le célèbre Vidocq en fait mention dans ses mémoires ; il la situe au coin d’une rue qu’il nomme rue des Pêcheurs (?). Il signale à ce sujet qu’elle était tenue par une certaine Magdeleine, une blonde Picarde, qui réservait ses faveurs uniquement aux militaires, chacun des jours de la semaine étant réservé à une catégorie particulière, suivant les grades dans l’armée.

Bien évidemment, la présence de cette maison n’était pas du goût des riverains. Pour tenter d’enrayer la venue de ces visiteurs particuliers, chaque soir ils illuminaient leurs fenêtres afin d’intimider les amateurs qui avaient le désir de s’introduire en cachette dans l’établissement. Cette initiative entraîna inévitablement le désordre et de nombreuses exactions à telle enseigne que la municipalité fut contrainte de prendre des mesures pour rétablir l’ordre public.

A différentes reprises les habitants de cette rue avaient lancé des pétitions pour faire disparaître le nom mal sonnant de la rue des Tripots. En 1834, une demande fut présentée par un vieux Boulonnais habitant rue Royale, un nommé Maxime Thorez. Il se faisait le porte-parole de quelques notables du quartier mais ses arguments n’étaient guère convaincants et surtout fort embrouillés. Onze ans plus tard, le 20 mai 1845, dans une nouvelle pétition, tous les propriétaires et habitants de la rue étaient plus précis dans leur demande :

« Ce nom de Tripot, écrivaient-ils, frappe les étrangers d’une idée tellement défavorable aux propriétés qui s’y trouvent, que des jeunes gens de Paris et de Strasbourg logés dans cette rue, font adresser leurs lettres chez des amis, car ils ne voulaient que leurs parents sachent qu’ils étaient logés rue des Tripots ; ils redoutaient de fausses interprétations sur leur vie et leurs mœurs. Les pétitionnaires donnent, à tout hasard, l’avis de l’appeler rue Damboise ». Selon le journal La France du Nord, Antoine Damboise, fils de cultivateur, était né à Saint-Martin- Boulogne, le 8 février 1770. Il avait fait les guerres de la Révolution et de l’Empire, s’était battu comme un brave et avait perdu l’un de ses membres sur les champs de bataille, mais gagné en revanche la croix de la Légion d’Honneur. Mis à la retraite d’office avec le grade de lieutenant d’Infanterie il obtint, après son mariage avec une demoiselle Martinet, l’emploi officiel d’Entreposeur des tabacs. Résident au numéro 3 de la rue des Tripots depuis plus de 30 ans, il y était décédé le 5 août 1830.

Les pétitionnaires eurent gain de cause. Le 12 juin 1845, le conseil municipal donnait ce nouveau nom de rue Damboise à la rue des Tripots.

Ce qui est remarquable, c’est qu’à cette date aucune maison de tolérance n’avait été ouverte à cet endroit. Celle qui fut autorisée à s’installer au numéro 12 était précédemment rue des Casernes ; elle demeura rue Damboise pendant 18 ans, avant son transfert en 1874, rue de Saint-Pol.

C’est un arrêté du 10 février 1876 qui régla définitivement à Boulogne, « dans l’intérêt des mœurs et de la santé publique » tout ce qui avait aux filles soumises et aux maisons de tolérance.

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Published by Sébastien Chochois
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commentaires

Marie-Thérèse et Alain 17/10/2008 17:58

Je connaissais la rue Damboise par contre j'ai lu avec plaisir l'histoire de cette rue que je ne connaissais absolument pas.
Nous ne sommes pas loin de la rue Victor Hugo et comme le hasard a fait que j'ai un journal du jour de la mort du grand homme il y est écrit qu'il y avait à Boulogne une rue Victor Hugo bien avant qu'il disparaisse car il avait organisé une collecte suite à un naufrage et en remerciement son nom avait été donné à une rue de son vivant

Amicalement et bon Week-end