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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 08:27

La Grande Guerre constitue un véritable traumatisme pour les familles des soldats. Aucune famille n’est épargnée. Parmi les atrocités de la Der des Der : l’absence des corps des êtres disparus. Comment l’entourage peut-il faire son deuil sans un lieu de recueillement ? Les municipalités décident de la construction de monument permettant ce recueillement. Toutes les communes de France érigent alors des monuments aux morts… Si ceux-ci font aujourd’hui partie du paysage de nos communes, ils entretiennent le souvenir de la guerre. Ils sont destinés à commémorer le souvenir de ceux qui sont tombés pour la Patrie. « Dans ces monuments dressés au centre de chaque village, les morts de la Grande Guerre entretiennent avec les survivants un dialogue permanent »[1].

            Saint-Martin-Boulogne a beaucoup souffert de la Grande Guerre. La commune a perdu 241 de ses enfants. Plus de deux cents hommes en pleine force de l’âge ne reviendront jamais du front. Mais les Saint-Martinois ne veulent pas oublier. Les familles expriment rapidement le désir de pouvoir honorer leurs disparus. (Les corps mettront parfois du temps avant d'être rapatriés et beaucoup seront à jamais inidentifiés).

            Le 6 octobre 1919, le conseil municipal sous la conduite de Charles Duhotoy[2] vote le rachat d’une parcelle de terrain, rue de Desvres afin d’agrandir le cimetière « pour répondre à la volonté des habitants de Saint-Martin d’inhumer leurs enfants morts pendant la guerre »[3]. Ce même jour est voté le projet en vue de l’érection d’un monument à la mémoire des enfants de Saint-Martin disparus. Il est décidé que la municipalité apporterait 3 000 francs et qu’une souscription serait lancée. En décembre 1919, les radicaux avec Léon Théry[4] arrivent à la tête de la commune et poursuivent ce projet avec la même volonté. Deux souscriptions sont organisées, le 10 décembre 1919 et le 6 mars 1920 (et une complémentaire le 4 avril). Le garde champêtre, M. Hurtrel, l’école communale des filles, la ligue des familles nombreuses réalisent également des quêtes. Des fêtes sont données à l’hôpital de Saint-Martin, à l’école, au Kursaal de Boulogne, au profit de la construction du monument ; d’autres sont réalisées par la jeunesse catholique. Au total, la municipalité dispose de 30 835 francs.

 

Le 11 mars 1920, le Conseil municipal adopte l’emplacement du futur monument[5]. Il sera situé à l’angle formé par les routes de Desvres et de Saint-Omer, adossé au cimetière. Dans un premier temps, Eugène Briez, conseiller municipal et concessionnaire d’une carrière de marbre à Marquise fait savoir qu’il accepte d’offrir gracieusement la pierre et le marbre nécessaires à la fabrication du monument[6]. Mais devant la qualité insuffisante dont il dispose, il ne peut tenir ses engagements. Il est alors fait appel à Emile Delacre, marbrier de Boulogne. Le 23 juin 1920, Edouard Richard, un autre conseiller municipal, présente un projet de monument à élever. Le conseil municipal lui adresse « toutes ses félicitations pour ses qualités artistiques »[7]. Il se voit charger de l’exécution du plan de construction de ce monument et des détails de l’aménagement du terrain où il sera élevé. Le choix de la sculpture s’oriente vers une statue  de bronze représentant un poilu victorieux tenant à la main gauche une palme et une couronne, oeuvre d’Eugène Benet. Celle-ci est confiée à la Société des Etablissements métallurgiques A. Durenne à Paris pour le prix de 5 000 francs.

Le 4 janvier 1921, le maire Léon Théry s’élève devant le conseil municipal contre les formalités à remplir et les difficultés qu’il rencontre face à l’administration préfectorale pour rendre hommage aux poilus de Saint-Martin morts pour la France[8]. Le 17 mars 1921, il donne sa démission en guise de protestation. (Toutefois cet épisode n’aura pas de conséquence, il restera en fonction).

L’inauguration du monument aux morts de Saint-Martin est fixée au 11 septembre 1921. M. Nerveux, propriétaire du château Belle-vue met son habitation à la disposition du conseil municipal pour recevoir les autorités. Un service solennel est célébré par le chanoine Delobel, le matin à la mémoire des enfants de Saint-Martin ; il est suivi de la bénédiction du monument. (Cérémonies auxquelles la municipalité assiste officiellement). L’après-midi, le monument est dévoilé, sous la présidence de M. Laban, Sous-Préfet. Il faut noter les présences de MM. Farjon, Sénateur, Abrami, Député, Canu, Conseiller général, Hafreingue, Conseiller d’Arrondissement. La population de Saint-Martin assiste en masse à cette cérémonie d’inauguration. Nulle famille n’a été épargnée par les horreurs de cette guerre. Chacune y a perdu un mari, un père, un frère, un fils,… La commune partage ce sentiment d’unanimité nationale qui parcourt le pays.

 

Depuis, chaque 11 novembre, les autorités, la municipalité, les associations d’anciens combattants, l’harmonie se font un devoir de célébrer l’armistice de la guerre 1914-1918 et d’honorer ceux qui sont tombés. Le monument devient un haut lieu du patriotisme et du civisme, mais aussi un point de repère dans le paysage communal.

Cette guerre se voulait être la « Der des Der ». Et pourtant la guerre, comme un vice inhérent à l’homme va poursuivre ses ravages. De 1939 à 1944, les Saint-Martinois vont à nouveau connaître les affres des combats et de la barbarie.

La seconde guerre mondiale va révéler qu’avec le développement des armements militaires, ce ne sont plus seulement les soldats qui vont verser leur sang au tribut de la guerre. Les civils, proies faciles, vont se compter par dizaines.

Ces victimes du Second conflit mondial sont honorées par la pose de deux plaques identiques au pied du monument. L’une rappelant le nom de ceux tombés aux champs d’honneur, l’autre, la longue liste des victimes civiles. Elles symbolisent l’indifférence qui frappa militaires et civils. Leur mémoire est célébrée chaque jour anniversaire de la libération de la commune, le 17 septembre et chaque 8 mai.

A nouveau le bilan en vie humaine est très long : 38 militaires et 80 civils. Victime de plus de 400 bombardements, la commune recevra une citation le 11 novembre 1948.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le territoire de Saint-Martin-Boulogne n’a pas eu à connaître de nouveau combat. Mais la commune a encore perdu loin de chez elle plusieurs de ses fils lors des guerres d’indépendances d’Indochine et d’Afrique du Nord, et lors d’opérations de maintien de l’ordre au Tchad (le dernier Saint-Martinois Mort pour la France, G. Kuschnick est décédé à Djibouti dans le krach d’un avion militaire).

 

Voir le liste des enfants de Saint-Martin-Boulogne morts pour la France 



[1] Serge Becker, Jean-Jacques Bernstein, Victoire et frustrations (1914-1929), Points Seuil histoire n° H 112, 1990, p. 171.

[2] Charles Joseph Duhotoy (1840-1925), maire de 1904 à 1919.

[3] Registre des délibérations de Saint-Martin-Boulogne, séance du 6 octobre 1919.

[4] Léon Théry (1869-1928), maire de 1919 à 1928.

[5] Ibid., séance du 11 mars 1920.

[6] Ibid., séance du 27 mai 1920.

[7] Ibid., séance du 4 janvier 1921.

[8] [8] Ibid., séance du 4 janvier 1921.

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Published by Sébastien Chochois
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