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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 11:53

Ce manoir a été converti en ferme ; il est situé en plein milieu rural, d’une façon isolée. Pour y accéder, il faut emprunter un chemin partant du Mont-Lambert ; le moulin est bien visible de la route conduisant à La Capelle. Il s’agit d’une propriété privée, il est donc impératif de demander l’autorisation à son propriétaire pour toute visite.

Les bâtiments de ce manoir encadrent une vaste cour carrée. Le logis et la chapelle ont été dénaturés et ont perdu l’essentiel de leur intérêt. Par contre, la grande salle qui occupe le fond de la cour doit retenir l’attention pour deux raisons : elle constitue le reste le plus ancien des manoirs du Boulonnais et sa porte, une exception unique dans le Boulonnais présente sur son tympan, des détails d’architecture très curieux. La salle a été bâtie en grès du meilleur style du XIVe siècle.

Moulin l'Abbé 1

L’un de ses pignons était éclairé par une rose aujourd’hui aveuglée ; deux tourelles l’encadraient ; l’une a été conservée, l’autre, située près de la cour, est en grande partie ruinée ; plus étroite à la base qu’au sommet, elle était donc partiellement montée en encorbellement. L’une de ces tourelles a peut-être servi de colombier. Cette salle non voûtée était éclairée du côté droit par quatre fenêtres brisées aujourd’hui murées, du côté gauche par une seule fenêtre dont il ne reste plus que les vestiges. A droite de celle-ci s’ouvre la porte d’entrée. Son tympan est sculptée. On désigne communément cette œuvre assez frustre sous le nom de « Dieu accroupi » ou « Le Bon Dieu croupi ». Des érudits ont cru y voir un dieu gaulois mais il est vraisemblable que l’artiste ait voulu représenter un Père Eternel assis, foulant l’aspic et le basilic. De plus, de chaque côté, le long de la voussure, rampe une chimère, la tête tournée vers Dieu. L’archivolte repose sur deux petites têtes humaines. Il est évident que cette sculpture date du XIVème siècle, car elle fait corps avec le bâtiment et de plus les plis de la robe semblent l’indiquer. A l’intérieur, selon Camille Enlart, le mur de pignon opposé à celui des tourelles avait été doté d’une cheminée. Il est très regrettable que cette salle ait été si dénaturée. Le manoir possédait d’autres installations, un moulin à eau, un vivier alimenté par un aqueduc souterrain et un moulin à vent. Ce dernier, sur la colline, proche du manoir, subsiste au milieu des champs. Il s’agit d’une tour cylindrique en grès du XVe siècle. Il est percé de deux portes, en plein cintre, opposées l’une à l’autre, surmontées d’une sculpture représentant Notre-Dame de Boulogne assise dans sa barque, entre deux anges les ailes déployées.

Numériser0016

Ces sculptures religieuses se justifient quand on considère l’histoire du lieu. C’est un domaine qui fut donné à l’abbaye Notre-Dame par la comtesse de Boulogne Mahaud (2ème du nom), épouse de Philippe le Hurepel[1]. Mahaud a laissé le souvenir d’une femme pieuse et charitable. Elle fit de nombreuses donations qui augmentèrent considérablement le revenu de Notre-Dame de Boulogne. Elle n’oubliait jamais les pauvres et les malades et elle voulait qu’ils eussent part à ses libéralités. Elle donna aux chanoines de l’église « 40 arpents de bois en une seule pièce, de sa forêt de Boulogne, indépendamment des droits d’affouage, que l’église possédait déjà dans toute l’étendue de cette forêt. Puis elle ajouta à ce don des terres du voisinage sur lesquelles depuis on éleva des constructions pour l’exploitation du domaine et du moulin pour l’usage des habitants et surtout du chapitre de Notre-Dame de Boulogne et de l’abbé. Ainsi, se justifie le nom de cet ancien manoir abbatial de Moulin-l’Abbé. Lors de cette donation, « la bonne comtesse Mahaud » donna à l’église la charge de distribuer chaque année aux pauvres un pain de douze onces et un hareng saur. De cette distribution que l’on appela « la Partie Mahaud », vient le vieux dicton boulonnais : « A chacun sin pain, s’nhéring ». Ce domaine de l’abbaye Notre-Dame passa au chapitre de la cathédrale de Boulogne. Dans les registres, on trouve que la « ferme de Moulin-l’Abbé était louée en 1670 à Suzanne Mont, veuve de Martin de Bove, à raison de 1350 livres par an ». En 1672, la veuve de Bove se plaint « d’avoir été obligée de loger et nourrir pendant 79 jours, un cavalier, cantonné chez elle, avec son cheval, ce qui lui avait couté six sous par jour ». De plus, elle avait été obligée de « laisser en souffrance les travaux de sa culture, parce que son fils était parti pour faire son service dans les troupes boulonnaises presque à ses dépens » ;

Le 9 février 1791, le domaine fut vendu au « sieur Gabriel Abot, ci-devant Bazinghen » et cette famille garda le domaine jusqu’en 1912 lorsqu’il fut vendu à Monsieur Robert de Rosny. Aujourd’hui, il est tenu par la famille Debarge.



[1] Mahaud de Dammartin, fille de Renaud de Dammartin (baron de Philippe Auguste) avait épousé un fils de Philippe Auguste, Philippe surnommé le Hurepel à cause de sa chevelure hirsute. Il fit reconstruire les remparts et construire le château de Boulogne de 1227 à 1231.

 

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Published by Sébastien Chochois - dans Lieux-dits
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