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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 11:18

Jacques-Mahieu-avril-2011 0471

Jacques Mahieu a animé une conférence de très haute tenue ce mercredi 6 avril 2011, au foyer communal Germaine Dumortier.

 

Avant de commencer, M. Mahieu précise qu’il est absolument nécessaire d’abandonner ses reflex d’homme du XXIe siècle. On ne peut comprendre le Moyen Âge avec l’esprit d’aujourd’hui.

M. Mahieu débute son intervention par une description du paysage Boulonnais médiéval. Dans ce cadre, la Liane prend une place très importante. Un fleuve qui a, cette époque, est navigable jusqu’à Pont de Briques, et qui est beaucoup plus vaste. Le port antique est plus à l’amont du fleuve. Des découvertes archéologiques ont été faites sur les terrains de l’ancien rivage.

La « structure administrative » est, à cette époque, la paroisse.

Saint-Martin est alors la plus grande paroisse de Boulogne (elle était alors encore plus grande qu’aujourd’hui). Elle enserre Boulogne de toute part.

Jacques Mahieu nous propose une promenade à travers Saint-Martin, sur trois jours. Le point de départ en est l’église Saint-Martin, qui est à cette époque vers l’actuel monument aux morts de Boulogne. L’église Saint-Martin est alors l’église hors les murs de Boulogne. Son nom latin est extra muros Sancti Martini, qui donnera son nom à la ville de Saint-Martin-Boulogne sous la Révolution. Il s’agit de la troisième église de Boulogne.

 

Jacques-Mahieu-avril-2011 0468

 

1er jour :

De l’église, notre promeneur longe les remparts jusqu’à la porte Flamingue. On utilise alors un « chemin vert ». Les chemins verts ne sont pas empierrés, à l’inverse des voies romaines, pavées. On retrouve des chemins verts un peu partout. A Outreau, se trouve la Verte Voye (actuelle Rue Roger Salengro). Les chemins verts sont également souvent appelés « voie flamingue ».

Il se dirige ensuite vers le Pont de la Quenouille, vers l’actuelle rue du Vivier. La Quenouille vient de knol. Quenouille est un mamelon. On est à proximité de l’actuel Mont Saint-Adrien.

On poursuit vers la ferme d’Odre. On sait qu’à proximité se trouvait le Tour d’Odre, construite par les Romains. La Tour D’Odre serait au dessus de l’actuel Nausicaa. En effet, la falaise a beaucoup reculé. Odre signifie pointe.

Ensuite, on descend vers la Crèche. La crecq est une hanse, une crique, un petit golfe. A proximité se trouve un lieudit Escarpeneuse, qui est la véritable pointe de la Crèche. Dans ce mot, on retrouve la racine Nez, fréquent dans la toponymie locale. Un nez est un cap.

Le promeneur se trouve alors à Terlincthun. On recense une quarantaine de toponyme en thun. Thun signifie enclos, le inc, famille, tribu. Terl est le nom du fondateur de l’endroit. Terlincthun est dont le domaine de la famille de Terl.

Il poursuit vers le Denacre, à l’origine Haudenacre, le vieux champ (hau : vieux, denacre : champ). A proximité, on retrouve le Hill, sans doute L’Espagnerie. Le Hill est une colline.

Pour rejoindre notre point de départ, on  passe par Wicardenne, ancien Wicardinc, peut-être même Wicardinthun, le domaine de la famille de Wicard, et par la chaussée de Maquétra. Maquestrat, strat, rue empierrée, signifie chaussée qui va vers Marcq. Marcq est alors la ville la plus importante au nord de Boulogne. Marcq est plus ancienne que Calais.

 

2e jour :

Le deuxième jour nous amène à Rupembert. Berg signifie montagne, colline, élévation, Rupe, hurler, crier. Rupembert serait un mont où Hurle le vent. On passe la Watine, qui était un endroit désert, désolé. On arrive à Huplandre, la terre d’en haut (land, la terre), par rapport à Pernes, puis à Badhuit, ancien Badwic. Wic signifie hameau, quartier. On retrouve cette racine dans Audruicq (vieux hameau). Baud correspond à calme, plaisant. Le Badwic est un endroit calme et agréable.

Le promeneur approche le Bédouâtre, le Bredwater (water, eau et bré, grand). Ce lieudit tient son nom d’une grande étendue d’eau. Il faut se replacer dans le contexte. Pour l’homme médiéval, un petit lac peut être une grande étendue d’eau.

A proximité, on est à la Cluse. La racine scluse signifierait qu’il avait un moulin à écluse.

Le promeneur passe Dringhen, d’où l’on domine le Boulonnais, et où l’on reconstruira l’église Saint-Martin. Dringhen vient de Deninghem, le domaine de la famille de Denn.

 

3e journée

Pour le dernier jour, notre « randonneur », repartant de l’église Saint-Martin, passe à proximité de la Tour Françoise, la Tour française, car tournée vers la France. Il se dirige vers la Porte des Degrés et passe près le Lisbron. En flamand Bron, la source. On descend la rue de Joinville, qui mène au port antique. Du port antique, on contemple Bréquerecque, la vaste crique (bré, vaste, crecq, crique). En longeant le Liane, on passe près de la Maladrerie, le malbré, molbrouc (brouc, marais, mol, moulin). Au loin, on aperçoit Auckinghen, Saint-Léonard.

Pont de Briques est un quasi pléonasme. Bric signifie pont. L’anglais a conservé le terme bridge et le flamand, bric.

Pont Pitendal, où il avait des salines, vient de dipental, deep, profond (ex. Dieppe) et pental, vallée. Pitendal est la vallée profonde.

Le promeneur arrive à Ostrohove, la ferme de l’est, de hove, la ferme, la métairie et ost, l’est. Puis, il arrive à Bertinghen, le domaine de la famille de Bert. Il passe à proximité du point culminant du Boulonnais, le Mont-Lambert, dont le véritable nom est Bollemberg, le mont de Boulogne. On trouve également Bonnenberg, le mont de Bononia, nom latin de Boulogne. Bonnen est le nom flamand de Boulogne. Bononia a une origine celte, et signifie, forteresse. La racine a la même origine que Bonn, en Allemagne.

Notre personnage fictif, passe Pelinghen, domaine de la famille de Pel. Plus loin, un hameau se nomme le Lot. Lot signifie bois, forêt clairsemé où peuvent paître des bêtes. On retrouve cette construction dans Hardelot.

Rotemberg, entre la Caucherie et le Blanc Pignon, signifie le mont rouge, peut-être suite à un défrichement par le feu.

 

Au cours de cette conférence, M. Mahieu nous a proposé une promenade tant à travers les paysages que de la langue. La Boulonnais est aux confins des limites linguistiques entre le tudesque (origine germanique) et le picard. Cette limite linguistique, fictive et mobile, peut être retracée, à reliant les lieux en –court (de langue romane) et reliant les lieux en –ghen (de langue tudesque).

Vers les XIVe-XVe siècles, le picard l’a emporté sur le Boulonnais. Des nouveaux noms sont apparus : Waroquerie (de la famille de Warot), Caucherie (de la famille de coche), Tintellerie (teinturerie)… Avant le XIVe siècle, le Boulonnais est peuplé de Saxons. Les liens avec la Bretagne (anglaise) sont très forts. Beaucoup de noms communs existent des deux cotés de la Manche : Bazinghen, Colincthun… Il y a un cousinage certain jusqu’aux VIIIe-IXe siècles. Il y a beaucoup de ressemblances entre le vieux flamand et le vieil anglais.

Pour le Boulonnais, il est préférable de parler de Guerre de Deux cents ans. Ces guerres auront fait de nombreuses victimes, des populations se seront exilées. Aussi, la région verra arriver de nouveaux colons, originaires du sud, du royaume de France. C’est à cette époque que le Français s’impose.

Une question de l’auditoire demanda de préciser si l’on devait prononcer -ghen, gan ou guème. Jacques Mahieu plaça sa réponse dans une confrontation entre le français et le flamand. La prononciation gan est française, guème est flamande.

 

Jacques-Mahieu-avril-2011 0475

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Published by Sébastien Chochois
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